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Changer de voie, les enjeux actuels : présentation
Il n'y a pas de remèdes à la crise actuelle. La recherche d'une issue à la crise financière, concomitante en termes d'agenda à l'échec des négociations sur le changement climatique à la conférence de Copenhague, met en évidence l'idée d'un changement de voie par rapport au modèle dominant de développement. La société-monde est plongée dans une grande insécurité économique (chômage, incertitude généralisée), urbaine (mal vivre, agressions), psychologique (anxiété, peur de l'avenir) et morale (dépérissement du sens du devoir). Plus qu'une coïncidence, il y a des réalités qui ne trompent pas. Au-delà du désastre financier, c'est l'ensemble du modèle actuel de développement qui est mis en cause par la crise.Nous l'avons évoqué au cours de nos précédentes universités d'été : le changement climatique loin d'être un défi pour le modèle de développement actuel, met au contraire en évidence ses limites et annonce des crises : écologique, économique, sociale, politique, éthique, …., crises dont les conséquences à moyen et à long termes sont incertaines. Face à la mondialisation économique, il faut aujourd'hui revisiter la question de l'universalisme, seule façon de nous aider à dépasser la tendance que nous avons à nous considérer comme le centre du monde. La complexité du monde nous trouble car le cloisonnement des sciences débouche sur l'infirmité de la pensée : bien que nous soyons dans une « société de la connaissance », nous souffrons de carences cognitives et nous avons besoin d'un élan nouveau vers une politique planétaire et/ou une politique de l'humanité pour sauvegarder le meilleur de la politique de développement et le meilleur de chaque civilisation.
Nous le savons depuis le fameux rapport Meadows & al. : une croissance matérielle infinie conduira tôt ou tard à un "effondrement" du monde qui nous entoure Même en étant très optimistes sur les capacités technologiques à venir, l'aptitude à recycler ou à économiser les matières premières que nous consommons, le contrôle de la pollution, ou encore le niveau des ressources naturelles, on peut prédire que cet effondrement se produira avant 2100. Or, nous nous trouvons dans une situation d'aveuglement, aucune véritable discussion n'étant engagée sur la croissance, l'épuisement des ressources et l'asphyxie de l'environnement. Les décideurs politiques sont à l'image de la science : cloisonnés, dispersés, chacun s'occupant de son propre jardin. Pourquoi, dans ces conditions, l'objectif de problématiser une autre alternative peine-t-il autant à s'imposer dans les faits ? Parce qu'il se heurte à de multiples intérêts économiques, financiers, scientifiques, assurément. Mais aussi peut-être, pour une raison plus subtile et plus troublante : la difficulté à remettre en cause une vision paradigmatique dominante de notre système-monde. Les certitudes qui tendent à s'imposer partout empêchent ainsi une véritable pensée radicale. Comment penser aujourd'hui l'idée et surtout la définition de défis pertinents ?
Notre tâche, lors de cette université d'été 2010, sera celle que nous a proposée jadis Kostas Axelos : « repenser ce qui jamais n'a été radicalement pensé et penser en direction du pas suivant » [ Kostas Axelos, Métamorphose] ; c'est-à-dire un pas en direction d'une autre voie.
Les participants seront animés par le même objectif : confronter leurs résultats dans une perspective interdisciplinaire, voire, comme nous y invite Edgar Morin depuis longtemps, dans une démarche de transgression de leurs limites afin de parvenir à une « conception transdisciplinaire organisationnelle ». Il n'est pas question ici de conclure, car nous en sommes au point de départ et nous sommes très loin de pouvoir faire le bilan, même partiel, des avancées de ces quatre dernières années d'université internationale ; et encore plus loin de pouvoir articuler ces savoirs en une vision nouvelle. Le travail à mener reste énorme. Enfin, l'originalité de cette démarche réside dans la mise en relation des chercheurs appartenant à des champs disciplinaires différents (sciences de la terre, sciences de la vie, sciences sociales et humaines), des praticiens, des acteurs politiques, qui tous acceptent cette collaboration en tant que processus d'apprentissage collectif. Ce processus prend forme dans le cadre d'un espace de réflexion et d'échanges, celui des cercles réflexifs.
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